Un matin, en ouvrant le cabanon pour sortir l’arrosoir, vous tombez sur de petites crottes sombres alignées près d’un pot vide, et quelques noisettes grignotées dans un coin. Rien de bruyant, rien de visible en plein jour — juste ces indices discrets qui laissent deviner qu’un locataire nocturne s’est installé sans prévenir. La plupart du temps, il s’agit d’un loir, ce petit rongeur qu’on entend parfois trottiner dans les combles à la tombée de la nuit sans jamais vraiment le croiser. Je reçois régulièrement la question de lectrices et lecteurs qui découvrent ces traces de loir au jardin et se demandent, un peu inquiets, ce qu’ils ont bien pu inviter chez eux. La réponse est souvent plus rassurante qu’on ne le croit.
L’essentiel à retenir
- Une crotte de loir mesure environ 1 à 1,5 cm, en forme de grain de riz allongé, brun foncé à noir.
- Le loir est strictement nocturne et passe près de six à sept mois en hibernation, d’où l’expression « dormir comme un loir ».
- On le confond souvent avec le lérot, reconnaissable à son masque noir autour des yeux — le loir, lui, est tout gris.
- Pas besoin de piège ni de poison : quelques gestes de dissuasion douce suffisent la plupart du temps à limiter sa présence.
Le loir, un visiteur nocturne qu’on croise rarement

Le loir qui s’installe dans un jardin, un grenier ou un cabanon est presque toujours le loir gris (Glis glis), le plus grand représentant de la famille des gliridés en France, avec le lérot et le muscardin. Il mesure entre 13 et 18 cm sans la queue, arbore un pelage entièrement gris et une queue touffue qui lui donne, de loin, un petit air d’écureuil nocturne. Je le trouve toujours un peu émouvant à observer : c’est un animal qu’on devine surtout à ce qu’il laisse derrière lui, jamais vraiment en pleine lumière.
Un rongeur discret qui dort presque tout l’hiver
C’est un animal strictement nocturne : il ne sort qu’à la tombée de la nuit pour chercher fruits, noisettes, graines et parfois quelques insectes, et regagne son abri bien avant le lever du jour. Sa particularité, c’est surtout la durée de son hibernation : le loir gris s’endort à l’automne et ne se réveille qu’au printemps, souvent d’octobre à avril, soit six à sept mois d’affilée selon les conditions climatiques de l’hiver. C’est de ce comportement que vient l’expression « dormir comme un loir », et c’est aussi pour ça qu’on le croise si rarement : une bonne partie de l’année, il ne bouge tout simplement pas.
Où il aime s’installer : cabanon, grenier, haie touffue

Le loir cherche avant tout un endroit sec, sombre et tranquille pour dormir et hiverner. Un cabanon peu fréquenté, un grenier isolé, un tas de bois ou une haie dense lui conviennent parfaitement. J’ai remarqué qu’il apprécie particulièrement les arbustes touffus plantés près d’un mur, un peu à l’abri du vent — le genre de recoin qu’on retrouve aussi chez un hortensia planté trop serré contre une façade, dont le feuillage épais offre un abri parfait pour ce genre de petit locataire. Rien d’alarmant en soi : c’est justement le signe d’un jardin suffisamment vivant pour héberger de la faune sauvage.
En vidéo : le loir gris en activité (Eizio Auditore)
Reconnaître les crottes et les traces de loir

C’est souvent la première question qu’on se pose : à quoi ressemble exactement une crotte de loir ? Avant de conclure trop vite à une invasion, un simple examen visuel permet déjà de faire la différence avec d’autres rongeurs bien plus communs.
Taille, forme et couleur des crottes de loir
Les excréments de loir mesurent en général entre 1 et 1,5 cm de long, avec une forme allongée et légèrement incurvée qui rappelle un gros grain de riz. Leur couleur va du brun foncé au noir, et on y distingue parfois des résidus alimentaires : petits fragments de noyaux, de fruits ou de fibres végétales. On les retrouve le plus souvent groupés au même endroit, près d’un nid ou d’une réserve de nourriture, plutôt qu’éparpillés partout.
Les autres indices : bruits, grignotages, nid

Au-delà des crottes, plusieurs signes trahissent la présence d’un loir :
- des bruits nocturnes réguliers dans les combles ou sous la toiture : grattements, petites courses, parfois de légers cris aigus ;
- des fruits ou noisettes grignotés, laissés en petits tas près d’une cachette ;
- un nid rond, fait de feuilles, de mousse ou de fibres textiles, glissé dans un recoin peu accessible ;
- de fines traces de pattes dans la poussière, avec cinq doigts à l’avant et quatre à l’arrière.
Ce sont exactement les mêmes réflexes d’observation qu’on applique pour reconnaître le passage d’un renard, d’une martre ou d’une belette au jardin : on regarde la taille, la forme, et surtout l’endroit où l’indice a été trouvé, avant de s’inquiéter.
Crotte de loir ou crotte de souris, de rat, de blaireau : les différences
C’est là que beaucoup de lectrices hésitent, moi la première au début. Un tableau comparatif aide à trancher rapidement, même sans être experte :
| Animal | Taille de la crotte | Forme | Couleur | Où la repérer |
|---|---|---|---|---|
| Loir (Glis glis) | Environ 1 à 1,5 cm | Allongée, en grain de riz, légèrement incurvée | Brun foncé à noir | Grenier, cabanon, haie dense, mangeoire |
| Lérot | Environ 0,8 à 1,2 cm | Similaire, un peu plus fine | Brun-gris | Tas de bois, appentis, arbres fruitiers |
| Souris | Environ 3 à 6 mm | Petite, effilée, extrémités pointues | Gris-brun | Placards, plinthes, réserves de graines |
| Rat | Environ 1,5 à 2 cm | Plus épaisse, extrémités arrondies | Brun foncé | Composteur, abords du poulailler, caves |
Un doute persistant sur une crotte trouvée en plein jardin, un peu à l’écart des bâtiments ? Ce n’est pas forcément un loir : un blaireau laisse des crottes plus volumineuses et souvent regroupées dans une petite fosse creusée exprès, très différente du dépôt discret et groupé du loir.
Loir ou lérot : comment ne pas les confondre

« Loir ou lérot » revient très souvent dans les questions qu’on me pose, et c’est bien normal : ces deux petits mammifères appartiennent à la même famille, partagent les mêmes habitudes nocturnes et le même goût pour les recoins tranquilles d’un jardin. Une fois qu’on connaît les bons repères, la confusion ne dure pas longtemps.
Le masque noir du lérot, signe distinctif
Le repère le plus fiable reste le visage : le lérot (Eliomys quercinus) porte un bandeau noir caractéristique autour des yeux, un peu comme un petit masque de cambrioleur nocturne. Le loir gris, lui, n’a rien de tel : son visage reste uniformément gris, sans marque contrastée. C’est souvent le détail le plus simple à retenir quand on aperçoit furtivement l’animal à la lueur d’une lampe.
Le masque noir autour des yeux ne trompe pas : c’est la signature du lérot, jamais celle du loir.
Taille, couleur, queue : les autres repères

Le loir est nettement le plus grand des deux, avec ses 13 à 18 cm de corps et son pelage entièrement gris. Le lérot est un peu plus petit (11 à 15 cm), avec une robe plus contrastée : dos brun-roux, ventre blanchâtre, et cette fameuse bande noire sur les yeux. La queue diffère aussi : touffue et bien fournie chez le loir, plus fine et terminée par un petit pinceau de poils chez le lérot. À noter également le muscardin (Muscardinus avellanarius), le plus petit des trois, tout roux doré, qui vit surtout dans la végétation dense et se montre rarement près des habitations.
💡 Astuce — Si vous devez nettoyer des crottes de rongeur, mieux vaut porter des gants et éviter de les manipuler à mains nues : c’est une précaution d’hygiène simple, valable pour toutes les déjections animales trouvées dans un espace clos comme un grenier ou un cabanon.
Cohabiter avec un loir au jardin, sans piégeage

Découvrir des traces de loir n’a rien d’une urgence. C’est un petit animal discret, qui ne s’attaque pas aux cultures du jardin et ne pose problème que lorsqu’il s’installe durablement dans une partie habitée de la maison. Je préfère toujours partir du principe qu’on peut cohabiter, plutôt que de chercher à éliminer d’emblée un visiteur qui, la plupart de l’année, dort de toute façon.
Ce qu’il ne faut pas faire
Le piégeage et les appâts empoisonnés sont à écarter : ils sont peu sélectifs, risquent de blesser d’autres animaux du jardin (hérissons, oiseaux, chats) et ne résolvent rien sur la durée si le point d’accès reste ouvert. Sur le plan légal, le loir gris n’est pas une espèce protégée en France selon l’Inventaire national du patrimoine naturel, mais il reste inscrit à l’annexe III de la Convention de Berne à l’échelle européenne : une raison de plus de privilégier des méthodes douces plutôt qu’une élimination brutale.
Des gestes de dissuasion douce, si sa présence pose problème

Quelques gestes simples suffisent en général à décourager un loir de s’installer là où sa présence dérange :
- Fermer les accès du grenier ou du cabanon avec un grillage fin, surtout avant l’automne, période où le loir cherche un abri pour hiberner ;
- Retirer les sources de nourriture accessibles : fruits tombés au sol, graines de mangeoire laissées à l’air libre, composteur mal fermé ;
- Éclaircir la végétation très dense près des murs et des ouvertures — un arbuste ou un arbre taillé et aéré offre moins de cachettes qu’une masse de feuillage compacte contre une façade ;
- Éviter de laisser du bois ou des matériaux entassés contre les murs extérieurs, un abri tout trouvé pour hiverner au sec.
Ce ne sont pas des solutions miracles, et je ne prétends pas ici avoir toutes les réponses : le vivant s’adapte, et un loir délogé d’un endroit peut très bien réapparaître ailleurs dans le jardin l’année suivante. C’est aussi vrai pour d’autres petits hôtes du jardin, comme le hérisson, un autre nocturne qui hiberne lui aussi une partie de l’hiver : la meilleure attitude reste souvent d’observer avant d’agir.
Quand s’adresser à un professionnel
Si les loirs s’installent en nombre dans une partie habitée de la maison, rongent des câbles ou de l’isolation, ou si la situation se répète malgré les gestes de dissuasion, mieux vaut passer la main. Je ne suis pas experte en dératisation, et je préfère toujours le dire clairement plutôt que d’improviser une solution : un professionnel qualifié saura évaluer la situation et proposer une méthode adaptée, sans mettre en danger d’autres animaux du jardin.
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Comment reconnaître les traces d’un loir dans mon jardin ?
On repère surtout de petites crottes brun foncé à noires, en forme de grain de riz d’environ 1 à 1,5 cm, souvent groupées près d’un cabanon, d’un grenier ou d’une haie dense. Des bruits nocturnes, des fruits grignotés et un nid discret dans un recoin sec complètent généralement le tableau.
Loir ou lérot, quelle différence ?
Le repère le plus simple est le visage : le lérot porte un masque noir caractéristique autour des yeux, alors que le loir gris a un visage uniformément gris. Le loir est aussi un peu plus grand, avec une queue plus touffue.
Le loir est-il une espèce protégée en France ?
Selon l’Inventaire national du patrimoine naturel, le loir gris n’est pas classé espèce protégée au niveau national. Il bénéficie en revanche d’une protection à l’échelle européenne via l’annexe III de la Convention de Berne, ce qui invite à privilégier des méthodes de gestion douces plutôt que des solutions radicales.
Combien de temps un loir hiberne-t-il ?
Le loir gris hiberne en moyenne six à sept mois, le plus souvent d’octobre à avril selon les conditions climatiques de l’hiver. C’est cette longue hibernation qui a donné naissance à l’expression « dormir comme un loir ».
Le loir est-il dangereux pour mon jardin ou ma maison ?
Non, il ne s’attaque pas aux cultures du jardin. Installé dans un grenier, il peut en revanche ronger de l’isolation, du bois ou des câbles électriques : c’est surtout dans ce cas, ou en cas de présence répétée dans une pièce habitée, qu’il vaut mieux consulter un professionnel plutôt que de laisser la situation s’installer.






