La première fois que j’ai vu un arum de près, c’est dans le jardin d’une voisine, planté en bordure d’un vieux bassin. Ses grandes fleurs blanches en forme de cornet se détachaient sur le feuillage vert sombre, presque luisant, avec une élégance qui m’a immédiatement donné envie d’en avoir chez moi. J’ai fini par en installer deux, l’un en pleine terre au jardin, l’autre en pot sur le rebord d’une fenêtre bien lumineuse — et j’ai vite compris que ces deux arums n’allaient pas traverser l’année de la même façon.
Le zantedeschia, puisque c’est son nom botanique, est une plante qui intrigue autant qu’elle séduit : on la croise aussi bien dans les massifs de jardins que dans les salons, en bouquet ou en pot décoratif. Mais ses besoins — et surtout sa résistance au froid — changent radicalement selon qu’on la cultive en pleine terre ou à l’abri. C’est tout l’objet de cet article : comment entretenir un arum, où le planter, comment l’accompagner au fil des saisons, et surtout, comment le préparer à l’hiver quand il reste dehors.
L’essentiel à retenir
- Le rhizome se plante à environ 10 cm de profondeur en pleine terre et 5 cm en pot, à l’automne ou au printemps selon la variété.
- L’arum aime une lumière vive sans soleil direct brûlant, un sol frais et bien drainé, et un arrosage généreux pendant la croissance et la floraison.
- En pleine terre, les feuilles se coupent aux premières gelées, une fois qu’elles ont jauni et flétri naturellement — pas avant.
- Le rhizome en pleine terre se protège du gel avec un paillage épais ; en pot, on rentre la plante dès que les températures descendent sous 10 °C.
L’arum, une fleur en cornet entre jardin et maison

Ce qui frappe d’abord chez l’arum, ce n’est pas vraiment une fleur au sens strict : ce grand cornet blanc, rose ou jaune qu’on admire est en réalité une spathe, une bractée qui enveloppe un épi central appelé spadice — c’est lui qui porte les fleurs minuscules. Peu importe le nom savant, l’effet est là : une silhouette élancée, un feuillage large et brillant en forme de flèche, et cette allure un peu sculpturale qui fait de l’arum une valeur sûre des compositions florales autant que des massifs de jardin.
Une fleur en cornet qui ne laisse pas indifférent

Le genre Zantedeschia regroupe plusieurs espèces, la plus connue étant l’arum d’Éthiopie (Zantedeschia aethiopica), à fleurs blanches, la plus rustique et la plus fréquemment cultivée en pleine terre en France — le Muséum national d’histoire naturelle référence cette espèce sous ce nom, aux côtés de ses autres appellations courantes (calla, richarde). D’autres variétés, aux coloris plus variés — jaune, rose, orangé, presque noir — sont en revanche nettement plus frileuses et se cultivent presque toujours en pot. Cette distinction n’est pas un détail : elle conditionne tout ce qui va suivre, en particulier la façon de préparer la plante à l’hiver.
Arum de jardin, arum de pot : deux usages bien réels

On lit parfois que l’arum serait avant tout une plante d’intérieur, ou à l’inverse une simple vivace de massif : les deux usages existent réellement, et je les pratique moi-même en parallèle. En pleine terre, il forme au fil des ans une touffe généreuse, particulièrement à l’aise en bordure de bassin ou dans un coin frais du jardin. En pot, il devient une plante d’intérieur à part entière, proche par sa famille botanique — les aracées — d’autres plantes de maison comme l’anthurium, avec qui il partage certains besoins : lumière vive, atmosphère plutôt humide, sol qui ne doit jamais rester détrempé.
Ce n’est pas un hasard si l’arum se plaît aussi bien en pleine terre qu’en pot : c’est la même plante, mais deux climats intérieurs très différents à lui offrir.
Où planter les arums et comment réussir la plantation

Avant même de parler d’entretien, il faut choisir le bon emplacement — c’est sans doute la décision la plus déterminante pour la suite. Où planter les arums dépend d’abord de la variété : l’arum d’Éthiopie tolère la pleine terre dans la plupart des régions françaises, à condition d’un hiver pas trop rigoureux ou d’une protection sérieuse. Les variétés plus colorées, elles, restent en pot toute l’année, sortent au jardin ou sur le balcon l’été, et rentrent à l’abri dès l’automne.
Où planter les arums : pleine terre, pot ou balcon
En pleine terre, privilégiez un emplacement mi-ombragé, protégé des vents froids, si possible en bordure d’un point d’eau ou dans une zone du jardin qui reste fraîche sans être détrempée en permanence. En pot, un grand contenant — 20 à 30 cm de diamètre au minimum — avec un bon drainage au fond convient à une touffe qui grossit d’année en année. Sur un balcon, l’arum apprécie une exposition lumineuse mais tamisée aux heures les plus chaudes : en plein soleil d’été, son feuillage peut brûler.
Zantedeschia plantation : le geste étape par étape

La zantedeschia plantation se fait le plus souvent à l’automne pour les régions douces, ou au printemps une fois les gelées passées si vous êtes dans une zone plus fraîche. Voici, dans l’ordre, les gestes que je reproduis à chaque nouvelle plantation :
- Travaillez la terre en profondeur et enrichissez-la d’un compost bien décomposé ; en sol lourd, ajoutez un peu de sable grossier pour améliorer le drainage.
- Enfouissez le rhizome à environ 10 cm de profondeur en pleine terre, ou 5 cm en pot, l’œil (le point de pousse) orienté vers le haut.
- Espacez les rhizomes de 30 à 40 cm si vous en installez plusieurs, pour laisser à chaque touffe la place de s’étoffer.
- Arrosez copieusement juste après la plantation, puis maintenez le sol frais sans excès jusqu’à la levée des premières feuilles.
Quel sol et quelle exposition pour bien démarrer
L’arum apprécie un sol frais, riche et bien drainé — une contradiction seulement apparente, puisqu’il s’agit surtout d’éviter que l’eau stagne autour du rhizome sans que la terre ne s’assèche complètement pour autant. Une température ambiante comprise entre 15 et 25 °C lui convient particulièrement en pot ; en pleine terre, c’est la nature du sol et l’exposition qui feront l’essentiel du travail. Observez la terre plutôt qu’un calendrier fixe : c’est elle qui vous dira si l’arrosage suivant peut attendre. Pour les variétés et leur rusticité respective, le guide de culture des Zantedeschia de la Royal Horticultural Society reste une référence utile si vous voulez creuser le sujet.
💡 Astuce — Si vous hésitez entre plusieurs emplacements au jardin, choisissez celui qui reste frais même en plein été sans jamais devenir un bourbier en hiver : c’est souvent le meilleur compromis pour un arum en pleine terre.
Entretenir l’arum au fil des saisons, en pleine terre comme en pot

Une fois installé, l’arum demande une attention assez simple, mais qui varie nettement selon la saison — et selon qu’il pousse en pleine terre ou en pot. C’est là, je trouve, que se joue vraiment la réussite : moins dans un geste unique et parfait que dans une succession d’ajustements au fil de l’année.
Arrosage et fertilisation : trouver le bon rythme
Pendant la phase de croissance et la floraison, l’arum a de vrais besoins en eau : arrosez régulièrement et copieusement, en laissant le surplus s’écouler plutôt que stagner en soucoupe. Un apport d’engrais liquide spécial plantes fleuries, environ tous les 15 jours durant la croissance et chaque semaine pendant la floraison, soutient une belle production de fleurs. Dès que le feuillage commence à flétrir naturellement en fin de saison, réduisez puis arrêtez progressivement les arrosages : c’est le signal que la plante entre dans sa phase de repos.
L’arum en pot à l’intérieur : les gestes qui changent

En intérieur, l’arum se comporte presque comme une plante de maison classique, avec une exigence de lumière un peu plus marquée que la moyenne. Placez-le près d’une fenêtre lumineuse, à l’abri des rayons directs les plus agressifs, et surveillez l’humidité de son terreau du bout des doigts plutôt qu’à heures fixes. Comme chez d’autres aracées d’intérieur, un excès d’arrosage se traduit souvent par un feuillage qui jaunit ou une base qui ramollit — un signal à observer avant qu’il ne s’aggrave, plutôt qu’une urgence à corriger dans la panique. Un rempotage tous les deux à trois ans, dans un pot à peine plus grand, permet au rhizome de continuer à se développer sans s’épuiser.
Pourquoi mon arum ne fleurit pas
C’est une question que je me suis moi-même posée, la deuxième année après avoir installé mon arum en pleine terre : une belle touffe de feuillage, mais aucune fleur. Le plus souvent, la cause est un manque de lumière ou un repos hivernal trop perturbé — un peu comme pour l’hortensia qui refuse de fleurir certaines années : la floraison dépend rarement d’un seul facteur, mais d’un enchaînement de conditions réunies au bon moment. Un excès d’engrais azoté, qui favorise le feuillage au détriment des fleurs, ou un rhizome encore jeune qui n’a pas fini de constituer ses réserves, peuvent aussi expliquer une saison sans floraison.
En vidéo : planter l’arum d’Éthiopie, par Gamm vert France
| Saison | Arum en pleine terre | Arum en pot |
|---|---|---|
| Printemps | Reprise de la croissance, premier arrosage régulier, apport d’engrais dès les nouvelles pousses | Sortie progressive à l’extérieur possible, arrosage régulier, engrais liquide tous les 15 jours |
| Été | Arrosage soutenu en période sèche, floraison, ombre légère aux heures chaudes | Lumière vive sans soleil brûlant, arrosage fréquent, engrais hebdomadaire pendant la floraison |
| Automne | Réduction progressive des arrosages, jaunissement naturel du feuillage | Réduction des arrosages, rentrée à l’abri dès les premières fraîcheurs pour les variétés frileuses |
| Hiver | Feuilles coupées aux premières gelées, paillage épais du rhizome en place | Repos au sec, dans une pièce fraîche mais hors gel, arrosage quasi nul |
Faut-il couper les feuilles avant l’hiver et protéger le rhizome du gel

C’est la question qui revient le plus souvent, et à raison : c’est le moment où l’on peut, en se trompant de geste ou de timing, fragiliser sérieusement la plante pour la saison suivante. La réponse tient en deux temps : d’abord reconnaître le bon moment, puis choisir le bon geste selon votre situation — pleine terre ou pot.
Reconnaître le moment : quand le feuillage annonce l’hiver

À l’approche de l’automne, le feuillage de l’arum commence à jaunir, puis à se coucher progressivement sur le sol. C’est un processus naturel : la plante rapatrie ses réserves vers le rhizome avant d’entrer en repos. Résistez à l’envie de couper trop tôt un feuillage encore vert : tant qu’il reste actif, il continue d’alimenter le rhizome pour la floraison de l’année suivante.
- Le feuillage jaunit et perd de sa tenue, souvent dès les premières fraîcheurs marquées d’octobre-novembre.
- Les tiges se couchent et se ramollissent, signe que la sève ne circule plus vers les feuilles.
- Les toutes premières gelées font définitivement flétrir ce qui reste de feuillage aérien.
Faut-il couper les feuilles des arums avant l’hiver ?
En pratique, on ne coupe pas les feuilles avant l’hiver par anticipation : on attend qu’elles aient jauni et flétri naturellement, puis on les taille net, au ras du sol, dès les premières gelées. Couper un feuillage encore vert prive le rhizome d’une dernière réserve d’énergie, ce qui peut affaiblir la floraison suivante. En pot, si la plante hiverne dans une pièce fraîche mais lumineuse, il arrive que le feuillage persiste partiellement tout l’hiver : dans ce cas, ne coupez que les parties clairement fanées, sans forcer une taille qui n’a pas lieu d’être.
Arum en pleine terre l’hiver : protéger le rhizome du gel

Un arum en pleine terre l’hiver reste vulnérable dès que les températures descendent franchement sous zéro, en particulier les variétés les plus frileuses. Une fois le feuillage coupé, recouvrez la zone de plantation d’un paillage épais de 10 à 15 cm — feuilles mortes, paille ou voile d’hivernage — pour isoler le rhizome des gelées les plus sévères. Dans les régions aux hivers rigoureux, certains jardiniers préfèrent arracher le rhizome à l’automne et le conserver au sec, à l’abri du gel, pour le replanter au printemps suivant : une option plus prudente si votre jardin connaît des hivers longs et froids.
⚠️ Important — Toutes les parties de l’arum contiennent, comme chez de nombreuses aracées, des cristaux irritants pour la bouche et la peau. Tenez les enfants et les animaux à distance de la sève, et en cas d’ingestion ou de contact prolongé, contactez votre médecin, votre vétérinaire ou un centre antipoison plutôt que d’attendre.
Ce que je ne maîtrise pas encore : essai-erreur et quand demander conseil
Je dois avouer avoir perdu un rhizome, une année, en le laissant en pleine terre sous un paillage trop mince pendant un hiver particulièrement rude : la leçon a été utile, mais elle rappelle que rien ne remplace l’observation régulière de la plante et l’adaptation à votre climat local plutôt qu’une règle universelle. Si vous remarquez des taches suspectes sur le feuillage, un pourrissement à la base ou des parasites que vous n’arrivez pas à identifier, ce n’est plus mon domaine : une jardinerie ou un pépiniériste saura poser un diagnostic que je ne prétends pas maîtriser. Comme pour le lys oriental et sa toxicité pour les chats, mieux vaut se renseigner sérieusement avant d’installer une aracée dans un foyer avec de jeunes animaux curieux.
Envie de composer un bouquet avec vos arums ?
Découvrir l’alstroemeria, une autre fleur à couperCoupées, les hampes florales de l’arum tiennent d’ailleurs très bien en vase, plusieurs jours durant, et se marient bien avec des fleurs au port plus souple comme la rose d’Équateur dans une composition contrastée. C’est une autre façon de profiter de cette plante, sans attendre qu’elle refleurisse au jardin l’année suivante.
FAQ : vos questions sur l’entretien de l’arum
Quelle est la différence entre un arum et un calla ?
Il s’agit, dans le langage courant, de la même plante : le nom botanique est Zantedeschia, souvent appelé « arum » en France et « calla » dans les pays anglo-saxons ou chez les fleuristes. Le véritable genre Arum existe aussi en botanique (comme l’arum tacheté sauvage), mais ce n’est pas celui dont il est question dans cet article ni dans la plupart des jardineries.
L’arum est-il toxique pour les animaux domestiques ?
Comme beaucoup d’aracées, l’arum contient des cristaux irritants dans toutes ses parties, ce qui peut provoquer une irritation buccale en cas de mastication ou d’ingestion par un chat ou un chien. Ce n’est pas une plante à recommander sans précaution dans un foyer avec de jeunes animaux curieux : en cas de doute, contactez votre vétérinaire.
L’arum peut-il rester toute l’année dehors ?
L’arum d’Éthiopie, le plus rustique, peut rester en pleine terre toute l’année dans les régions aux hivers doux, à condition d’un paillage protecteur. Dans les régions aux hivers plus rigoureux, ou pour les variétés colorées bien plus frileuses, mieux vaut cultiver la plante en pot et la rentrer à l’abri dès que les températures descendent sous 10 °C.
Quel terreau et quel pot choisir pour un arum en pot ?
Un terreau pour plantes fleuries, riche mais bien drainant, additionné d’un peu de sable ou de billes d’argile au fond du pot, convient parfaitement. Choisissez un contenant d’au moins 20 à 30 cm de diamètre, percé, pour laisser au rhizome la place de se développer sur plusieurs années sans rempotage trop fréquent.
Comment planter les bulbes d’arum ?
Le rhizome (souvent appelé « bulbe » à tort) se plante l’œil vers le haut, à environ 10 cm de profondeur en pleine terre ou 5 cm en pot, dans une terre enrichie de compost et arrosée généreusement après la plantation. L’automne, dans les régions douces, ou le printemps une fois les gelées passées ailleurs, sont les meilleures périodes.









